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Sep 10 2017

Le dialogue politique congolais sera inclusif

Le tout est plus que la somme des parties.

Habitués au festin de la république, certains pensent que l’aspiration naturelle du peuple congolais au dialogue est un buffet dans lequel il convient de choisir ses interlocuteurs. N’est-il pas dans nos habitudes bantous de recourir au rassemblement quand cela s’impose même si ça doit nous coûter. La gestion de la communauté ne peut exclure une partie de ses représentants sous le seul prétexte qu’il ne plaise pas au Prince.

Nul besoin de revenir sur la genèse de la crise qui secoue le Congo-Brazzaville. Elle découle du changement de la constitution du 20 janvier 2002, du hold-up électoral du 20 mars 2016, de l’emprisonnement des leaders de l’opposition, de la confiscation de nos libertés individuelles et de la guerre du Pool.

Face à la grave crise institutionnelle et morale qui sévit dans notre pays, notre devoir est de ne pas nous laisser aller par cette chienlit. Nous devrons relever la tête, retrousser les manches pour y faire face et y mettre fin. Les séquences désastreuses se succèdent sous la mitraille sans que nous n’arrivons à imposer la volonté du peuple. Nous n’oublions pas non plus que nous vivons sous l’une des dictatures les plus féroces de la planète qui a décidé de faire main basse sur notre beau pays.

Ce serait une grave erreur de penser que la résolution du drame du Pool, qui n’est qu’une partie du problème, ne nécessitera que la participation des fils et filles du Pool. Le Congo est une nation et nombreux congolais sont meurtris par ce qui se passe dans ce département. Le pouvoir veut choisir ses interlocuteurs. Ainsi, les exécutants des basses besognes indiquent la voie choisie. L’appel au dialogue uniquement adressé au Pasteur Ntumi n’est pas recevable. Le terroriste d’hier deviendrait-il le partenaire de dialogue d’aujourd’hui ? Nous avions déjà condamné par le passé cette rhétorique guerrière et cet abus de langage. Il ne saurait y avoir de dialogue sans la libération des prisonniers politiques, l’arrêt des hostilités dans le Pool et la restauration des libertés fondamentales. Par ailleurs comment demander un dialogue d’une main quand l’autre main continue ses massacres dans le Pool aujourd’hui encore ? C’est de la schizophrénie politique.

Il serait illusoire de penser que la crise congolaise n’est que sécuritaire. Elle est tout autant économique, sociale, sanitaire, culturelle, politique, etc. Le FMI (Fonds monétaire international) est l’invité de la dernière minute dans ce brouhaha à cause de la mauvaise gestion de notre manne financière et le mensonge d’état dans le niveau d’endettement réel de notre pays. Les catastrophes sont rarement le fruit du hasard. Elles résultent généralement d’une succession d’événements malheureux. Pour le bien de notre pays, nous ne pouvons plus faire l’économie d’une rencontre entre les Congolais. Le Congo n’a pas besoin de réactionnaires ni de conservateurs mais de visionnaires et progressistes. « Toute politique qui n’est pas quête de vérité est criminelle » dixit Simone Weil.

Ceux d’entre-nous qui auront la chance de participer à cette rencontre qualifiée de la dernière chance, il faudra qu’ils sachent que l’attente du peuple congolais est grande cette fois-ci. Toutes les résolutions prises devront être suivies d’effet. Nous ne sommes plus au temps des fausses promesses ni de faux semblants. Dire que le pays va mal n’est qu’un doux euphémisme. Il nous revient de bâtir le tissu social  déchiré pour ne pas dire délabré. Il faut que la raison l’emporte sur nos intérêts égoïstes particuliers. La politique est un sacrifice, un sacerdoce, et seul le service rendu, les actions en faveur du peuple fondent la légitimité. La force des armes montre ses limites.

Le peuple congolais a trop souffert. Nous avons fait le diagnostic de ce qui ne va pas. Le temps de l’action est arrivé car nous avons l’impression d’aboyer devant une caravane qui passe et dont les occupants ne daignent même pas nous regarder tant le mépris est grand.

C’est Thomas Sankara qui disait : « L’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. Cet esclave répondra seul de son malheur s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d’un maître qui prétend l’affranchir. Seule la lutte libère. » Notre lutte doit changer de forme au risque que le Congo-Brazzaville ne devienne la Corée du Nord. Je ne puis y croire ni y penser de mon vivant car ce n’est pas la volonté de la majorité d’entre-nous. En des termes simples c’est l’évaluation de notre projet politique qu’il convient de faire pour ne pas passer à coté de quelque chose d’essentiel. La justice est la clé de voûte de cette société de confiance que nous efforçons à construire.

La diaspora congolaise n’est pas en reste dans cette échéance cruciale qui s’annonce afin d’y apporter sa contribution. Bien que résidant à l’extérieur de notre pays, nous ne pouvons pas nous désintéresser de la vie de nos compatriotes ; Le Congo est la terre de nos ancêtres car « l’aigle volant au firmament sa carapace revient toujours sur terre ».

L’appel au dialogue a été reçu mais les conditions de sa réalisation demeurent insuffisantes. Il n’y a pas de bons congolais d’un coté et les mauvais de l’autre. Notre offre de la main tendue sans arrière pensée aucune reste d’actualité même si nous devons serrer la main du diable. Nous n’avons jamais douté du bien fondé de nos revendications.

Nous sommes des républicains de progrès, ces hommes sans attaches partisanes pour certains, respectueux de l’ordre et de la justice, et convaincus qu’une bonne gestion de l’Etat est seule en mesure d’assurer la pérennité du lien social dans une démocratie et favoriser le développement dans un esprit de justice sociale. Nous faisons de la rigueur morale notre boussole et du sens de l’état notre doctrine. Nous allons bâtir notre pays en appliquant sa devise : unité, travail et progrès.

La réconciliation nationale passe obligatoirement par le dialogue inclusif politique, lieu de l’expression des vérités et de la mise en place des bases de la justice. Le Congo-Brazzaville nous appartient tous et ce n’est qu’ensemble que nous construirons notre cher et beau pays.  Notre rôle est de rassembler les Congolais pour recréer le lien social. Le temps est venu de panser nos blessures, de réduire le fossé qui nous sépare, de construire dans la fraternité.

C’est Winston Churchill qui disait : « Le succès n’est pas définitif. L’échec n’est pas fatal. C’est le courage de continuer qui compte. » Peuple congolais ne baissons pas les bras car en ce jour le soleil se lève.

Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA

 

(8 commentaires)

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  1. LULENDO de Ponton

    OH oh oh ! Non, non! Monsieur,

    La crise congolaise n’a pas pour origine le changement récent de la constitution de 2002 et tout ce qui en résultera. C’est depuis l’assassinat de Ngouabi et de plusieurs autres compatriotes que la défiance vis-à-vis de l’homme politique du Nord s’est installée.

    Pour avoir accusé et assassiné des innocents parce qu’ils appartenaient au groupe kongo, le Nordiste a été moralement caractérisé comme une crapule de la pire espèce. On se souvient de ceux qui furent fusillés puisque kongo, pour avoir parfois fustigé par la chanson , les injustices et incompétences politiques du PCT.

    Aujourd’hui encore, des Congolais n’ont jamais fait le deuil de leurs parents assassinés. Les bourreaux sont récompensés et narguent les familles qui ont finalement opté de croire en la justice divine. Ont-ils pardonné ceux qui les ont offensés? Certainement. Le fils de Dieu les invite au pardon pour une vraie paix intérieure.

    Aussi, ce dont le Congo a besoin, c’est un effort d’assainissement, une période dédiée à un état des lieux rigoureux qui dévoilera la « vérité des faits », qui aboutira à l’éclairage de notre petitesse et à la réflexion sur les limites de nos intelligences.

    Comment peut-on dialoguer avec une espèce bornée qui de nos jours, emprisonnent injustement des compatriotes simplement parce qu’ils refusent de cautionner des actions malhonnêtes, immorales ?

  2. Mbote

    Mes cheres compatriots il y a le genocide au pool (ce n est la crise) et il y a la guerre au Congo. sassou doit negocier avec l’opposition mais pas avec Tumi. Tumi est notre « accelerator ». S’il vous plait ne le laissons pas pieger. La soufrance des peuple du pool est la soufrance de tous les congolais et en particulier du Sud.La negociation est necessaire mais pas sous les termes de Sassou et ceux qui gravitent autour de lui.

  3. pinta da costa

    @ LULENDO de Ponton

     » Aussi, ce dont le Congo a besoin, c’est un effort d’assainissement, une période dédiée à un état des lieux rigoureux qui dévoilera la « vérité des faits », qui aboutira à l’éclairage de notre petitesse et à la réflexion sur les limites de nos intelligences. »

    voilà qui est bien dit. Oublions les N’toumi et leurs commanditaires. Mettons tous les problèmes du Congo sur la place publique et prenons le temps de les examiner sans fausse honte et apportons pour chaque problème la solution qui convienne. A cet exercice, personne n’est excluable; donc pas d’ayants droits. De ce dialogue qui pointe à l’horizon doit sortir un Congo véritablement nouveau.Pas pour la forme, mais véritablement dans le fond car le texte fondateur de la nouvelle république connaitra la contribution des meilleures intelligences de la nation congolaise. Oui, ce texte se devra d’être inspiré et écrit par les enfants du pays qui auront l’intelligence de le soumettre à l’appréciation du peuple organisé.

    Ainsi, lentement mais sûrement le Congo se dotera d’une constitution qui permette une alternance sans violence, à l’image du géant Nigeria.

  4. fazer

    Le temps est venu de panser nos blessures, de réduire le fossé qui nous sépare, de construire dans la fraternité.,

    c’est ce que vous pensez , non sassou a trop fait du mal pour qu’on panse nos blessures avec légèreté , il doit dire pourquoi il n’a fait que tuer les congolais , aucun président n’est comme lui , tous les assassins et voleurs doivent payer car nous on paye les incapacités de ce mafieux

  5. LE COLON PORTUGAIS AURAIT DU LAISSER LES LARIS EN ANGOLA

    le pool a toujours provoqué conteste les elections attaqué des trains tué laché des enfants soldats dans sa milice ninja traumatisé les gens surtout les militaires et les conducteurs du cfco et a toujours par la suite voulu d’un dialogue.en 1993 1994 1995 196 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2015 2016 c’etait pareil aujourdhui 2017 vous avez un dialogue.le pool dialogue bcp.en 1993 1994 sous lissouba cetait le dialogue pool pays du niair. en 2021 vous ecrirez un article similaire car il y aura une autre crise du pool.

  6. congolais insoumis

    j’ai entendu le ministre des affaires étrangères GAKOSSO (perroquet en mbochi) appeler les libyens au dialogue et si les libyens appelaient les Congolais au dialogue que dirait-il?
    une chance il s’appelle perroquet quand il fait une mauvaise déclaration sur RFI disant que le maréchal est un militaire il n’est pas question de le privilégier à la place des politique alors que le même avait été à paris chez MACRON n’est-il pas un perroquet quant il tient des mêmes propos en ne remuant pas sa langue depuis l’échec chez TRUMP n’a-t-il pas pris acte de ses déboires ? L’avenir est devant nous

  7. Passy Jules

    ,,à Lulendo de Ponton,

    Je valide ta pensée. J’ajoute ; le Congo n’a pas besoin d’assister à un dialogue entre Sassou et Ntumi. Le despote qui est le maître d’œuvre du désordre au pays n’a qu’à retirer ses miliciens du Pool. Et pour ça, pas besoin de dialogue.

    Le dialogue attendu est une retrouvaille au sommet entre les Congolais de bonne foi afin d’ en finir avec le népotisme et la fraude instaurés par le putschiste. Il nous faut pour la survie de notre pays, un Etat de droit, des institutions modernes et non de ridicules « gouvernements efficaces » qui s’adonneraient au mensonge et à la cupidité.

    Un dialogue qui verra naître une République Socialiste et Démocratique, où tout compatriote sera récompensé selon ses mérites et se sentira libre chez lui.

  8. NTINIA

    Avant tout dialogue l’usurpateur doit signer une note d’amnistie générale avec abandon des poursuites contre ntumi et les prisonniers publics et privés sans oublier le retrait des pseudo militaires du pool.

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