Interview de Clément Miérassa, Président du PSDC, parue dans le n°243 du Journal Le Nouveau Regard

Jean Marie Michel MOKOKO et André OKOMBI SALISSA, maintenus prisonniers, Sassou a manqué une occasion pour apaiser le climat politique.

Pour mieux informer ses lecteurs en temps réel, notre reporter a pu joindre Clément Miérassa, président du PSDC, pour un entretien sur les questions d’actualité, dont voici l’intégralité.

 

1. Le Nouveau Regard: le budget de l’Etat a été revu à la baisse, quelles conséquences pour les mois sinon les années à venir?

Clément Miérassa: Avec la pandémie du Covid.19, le Congo connaît une situation préoccupante au triple plan sanitaire, économique et social. Celle-ci a entraîné l’effondrement des cours du pétrole et la contraction de la demande intérieure.

Le Congo qui a une économie peu diversifiée, et fortement dépendante du pétrole, connaîtra en 2020 une récession sévère de – 9%, contre une projection initiale de 1,2% qui avait fait dire que la récession était derrière nous.

Le budget initial de 2020 avait été arrêté à un montant initial de 2.175 milliards de francs Cfa, avec une prévision de recettes pétrolières de 1201 milliards de francs Cfa, soit 52,2% des recettes totales. Le budget rectificatif a été revu en baisse.

Il prévoit des ressources budgétaires évaluées à 1.083 milliards de francs Cfa pour des dépenses budgétaires estimées à 1.863 milliards de francs Cfa, soit un déficit budgétaire global prévisionnel de 780 milliards de francs Cfa.

Celui-ci a été élaboré sur la base des hypothèses suivantes:

  • une production pétrolière de 123 millions de barils de pétrole contre 140 millions de barils au budget initial;
  • un prix du baril fixé à 25$ US au lieu de 55,2$ US du budget initial;
  • un taux de change du dollar à 590 francs Cfa.

Cette loi de finances rectificative vise les objectifs ci-après:

  • le renforcement des mesures d’amélioration et de sécurisation des
  • ressources publiques;
  • la maîtrise des dépenses publiques pour leur plus grande efficacité;
  • la viabilisation de la dette;
  • la lutte contre la pandémie du Covid-19 et ses effets collatéraux;
  • le renforcement du système de santé;
  • l’amortissement des chocs économiques et sociaux.

On peut dire que le constat fait aujourd’hui est que le Congo n’était plus, déjà avant la pandémie du covid-19, en mesure de faire face à ses engagements, notamment les charges incompressibles: salaires, pensions, bourses, paiement de la dette, minimum de fonctionnement des services surtout sociaux.

Si des mesures radicales ne sont pas prises, l’on connaîtra des lendemains extrêmement difficiles. C’est pour cela, qu’on peut dire que nous avons besoin d’argent, de beaucoup d’argent pour faire face à tous ces défis. C’est pour cela l’on devrait à mon humble avis avoir dans le cadre du budget entre autres les préoccupations suivantes:

  • la réduction du train de vie de l’Etat avec si possible la revue en baisse des salaires fonctionnels, la réduction des effectifs du gouvernement et autres;
  • la lutte ardue contre la corruption;
  • le suivi des dossiers des scandaleux crimes économiques et financiers;
  • la réalisation de l’audit de compte de stabilisation dans lequel, les excédents budgétaires ont été logés;
  • le rapatriement et la remise des avoirs en devises à l’étranger de toutes les entités publiques où l’Etat est actionnaire (y compris les filiales de ces entités) dans les comptes offshores;
  • la mise en place d’un dispositif pour la récupération des fonds qui ont été soit détournés, soit volés;
  • le respect des engagements pris dans le cadre du programme avec le Fonds monétaire international.

 

2. Le Nouveau Regard: Quelle est la situation actuelle entre le FMI et le Congo?

Clément Miérassa: Le Congo a initié et signé avec le Fonds monétaire international le 11 juillet 2019, un accord au titre de la facilité élargie de crédit pour la période 2019-2022. Ce programme qui vise à améliorer la gouvernance, afin d’accroître l’efficience et la transparence dans la gestion des ressources publiques, plus particulièrement dans le secteur pétrolier, minier et forestier, est apparu comme le salut du Congo.

la principale retombée financière de cet accord est le crédit de 448,6 millions de dollars soit près de 262,2 milliards de francs Cfa sur trois (3) ans, équivalent à 87,3 milliards par an et une mise à disposition immédiate de 44,9 millions de dollars soit près de 26, 2 milliards de francs Cfa. Ledit programme a été transcrit dans une matrice de 48 mesures dont 47 devraient avoir été exécutés au 31 décembre 2019.

Lors de la première évaluation de l’exécution desdites mesures, le constat a été fait que le Congo n’a pas respecté les engagements pris. Cette situation a poussé en décembre le Fonds monétaire international à suspendre ses versements. Comme il apparaît clairement, dix mois après la signature du programme, les relations du Congo avec le Fonds monétaire international ne sont pas au beau fixe.

Aux dernières nouvelles, le FMI serait en train d’examiner une demande d’aide d’urgence de 300 millions de dollars, introduite par le Congo.

 

3. Le Nouveau Regard: la dévaluation du franc CFA, aviez-vous une idée?

Clément Miérassa: Je crois qu’il s’agit d’un sujet très sérieux sur lequel il faut arrêter les spéculations. Bien que la situation des pays de la zone CEMAC soit très dépendante des cours des matières premières principalement le pétrole, le Gouverneur de la Banque des Etats de l’Afrique centrale a rendu public le 12 mai 2020 un communiqué qui devrait rassurer.

Ce texte souligne que: « Contrairement aux informations diffusées par certains médias, laissant croire à une possible dévaluation du franc Cfa, l’évolution de la pandémie Covid-19 dans la zone d’émission n’a pas influencé négativement le niveau des réserves de change, qui demeure confortable ».

Selon lui, « Au 10 mai 2020, les réserves de change de la BEAC se situent à 5.348,8 milliards FCFA, représentant près de 5 mois d’importations de biens et services, pour un taux de couverture extérieure de la monnaie de 74,16%»

 

4. Le Nouveau Regard: Quel est le but du recensement qui se fait actuellement au moment où le pays est soumis au confinement?

Clément Miérassa: De façon générale, le recensement général de la population et de l’habitat a pour objectif général d’améliorer la connaissance de l’effectif global de la population de notre pays et des caractéristiques sociodémographiques et économiques de la population congolaise, ainsi que l’évolution des tendances démographiques du pays.

Cette opération devrait permettre de répondre aux besoins en informations chiffrées pour :

  • mesurer la qualité de vie de nos concitoyens;
  • élaborer, suivre et évaluer des plans de développement;
  • formuler des décisions concrètes.

La dernière opération de ce genre a été réalisée en 2007. Selon les recommandations internationales, cette opération aurait dû être réalisée dix ans après, c’est-à-dire en 2017. Et pour cause!

Avec cette pandémie qui a ébranlé le monde entier, il en est découlé une situation extrêmement préoccupante qui cause surtout dans plusieurs pays dits développés beaucoup de dégâts en termes de pertes en vies humaines et une grave récession qui affecte surtout les aspects économique et social.

C’est dans ce contexte que les autorités congolaises ont pris au cours du mois de mars, un certain nombre de mesures importantes afin de protéger les congolais de ce virus très dangereux et sauver ainsi leurs vies. Il s’est notamment agi de:

  • la proclamation d’un Etat d’urgence sanitaire de 20 jours, qui a finalement été prorogé jusqu’à la fin du mois de mai;
  • l’observation d’un confinement général à domicile à compter du 30 mars 2020;
  • l’instauration d’un couvre-feu de 20 heures à 5 heures du matin, en vigueur jusqu’alors;
  • l’interdiction de circuler sur toute l’étendue du territoire national.

Le mot d’ordre lancé sur la base des consignes données et qui doivent être obligatoirement respectées se résume en ceci: « Restez chez vous, Sauvez des vies ».

En dépit de cela, le Premier ministre a publié le décret n°2020-103 du 6 avril 2020, autorisant la poursuite des opérations du recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-5) pendant la période du confinement. Des voix se sont élevées pour demander l’arrêt de cette opération. Elles ont relevé que dans une telle situation, le pouvoir risque d’être soupçonné de vouloir manipuler à son avantage les résultats dudit recensement et de publier des données contestables.

A ce propos, il sied de rappeler que le gouvernement avait décidé d’invalider les résultats du recensement général de la population de 1996, au motif qu’ils avaient sous-estimé les données dans certaines zones et gonflé dans d’autres.

Enfin, elles ont déclaré qu’il n’y avait pas de choix possible entre la santé et la vie des congolais d’une part et la poursuite des opérations du recensement d’autre part. Le choix est clair et on ne peut que déplorer l’entêtement du gouvernement à poursuivre cette opération. Cela posera nécessairement in fine des problèmes.

 

5. Le Nouveau Regard: L’interview accordée par le Président de la République sur France 24 et RFI, votre commentaire?

Clément Miérassa: Mon attention a particulièrement été retenue sur les aspects ci-après:

  • la dangerosité de la pandémie Covid-19 qui est encore là, très meurtrière à travers le monde en dépit des mesures envisagées pour le déconfinement dans notre pays. Dans ce cadre, il faut bien noter qu’il y a la science mais surtout des vies à sauver. C’est pour cela que les traitements qui sont faits comme le protocole du Professeur Raoult où l’Artémésia de Madagascar doivent être essayés en milieu hospitalier;
  • la situation créée par cette pandémie a un grand impact sur l’aspect économique et social. Il faut noter que pour certains analystes, le Congo traverse une grave crise multidimensionnelle depuis près de dix ans et que la pandémie du Covid-19 est venue aggraver la crise partout dans le monde en général et au Congo en particulier.

Ladite crise a conduit plusieurs pays du monde au confinement et a entraîné une chute brutale du prix de pétrole, principale source des ressources du pays. Alors que l’on croyait la récession derrière nous, on peut sans risque de se tromper déclarer que l’on connaîtra une récession très sévère.

Au niveau de la CEMAC, on a projeté le taux de croissance économique du Congo à -7,3%. Le ministre de l’économie envisageait ce taux entre -10 et -15%. Dans le cadre du budget rectificatif 2020, il a été retenu un taux de – 9%.

Un regard rétrospectif sur les 25 dernières années, fait apparaître qu’entre 1995 et 2019, notre taux de croissance a oscillé entre -2,7% en 2017 et +8,7% en 2010. Il n’aura été négatif qu’en 2007 (-2,5%), 2016 (-2,6%), 2017 (-2,7%).

 Projeter ce taux à -9% en 2020 revient simplement à dire que le Congo va connaître une récession très sévère.

  • Jean Marie Michel MOKOKO et André OKOMBI SALISSA ne sont pas des prisonniers politiques. Ils sont des prisonniers de droit commun et ne seront pas libérés. Ceci bien qu’il ait été décidé de libérer 365 détenus pour désengorger les prisons.

Réagissant à ces propos, Maître Jean Philippe Esseau, un des avocats de Jean Marie Michel MOKOKO a tenu à relever sur RFI que l’infraction pour laquelle ils ont été condamnés étant politique, ils ne peuvent pas être considérés comme des prisonniers de droit commun. Ils sont des prisonniers politiques.

Par ailleurs, beaucoup de congolais pensent que c’est une occasion manquée pour apaiser le climat politique. Ils n’hésitent pas à déplorer que l’on ait une justice à deux vitesses. Celle-ci ne se préoccupe pas de la situation des responsables des scandaleux crimes économiques et financiers à l’instar du dossier sur le Fonds de soutien de l’agriculture pour lequel le directeur général de la surveillance du territoire avait publié un communiqué clair le 19 mars 2018. Ce qui constitue une violation flagrante des articles 15, 50 et 77 de la Constitution du 25 octobre 2016.

  • la question de l’élection présidentielle qui n’est pas à l’ordre du jour. Cela entraîne beaucoup d’interrogations au regard de l’article 69 de la Constitution du 25 octobre 2015 qui dispose que:

« Le premier tour du scrutin a lieu trente (30) jours au moins, et quarante (40) jours au plus, avant la date d’expiration du mandat du Président en exercice ».

Le mandat actuel devrait expirer le 16 avril 2021.

Propos recueillis par Michel Hadridh NKOLA

1 thought on “Interview de Clément Miérassa, Président du PSDC, parue dans le n°243 du Journal Le Nouveau Regard

  1. CELA FAIT DÉJÀ UNE QUARANTAINE D’ANNÉES QUE CET IDIOT (sassou), AVEC LE CONCOURS DES BLANCS MAL ÉDUQUÉS, A MANQUÉ UNE OCCASION D’APAISER LE CLIMAT POLITIQUE, ÉCONOMIQUE ET SOCIAL AU CONGO.
    CE QU’ILS FONT AUJOURD’HUI NE CONSTITUE QU’UNE FUITE EN AVANT QUI NE SERT NI LES BLANCS CIVILISÉS NI LES POPULATIONS AFRICAINES. EN UN MOT, L’HUMANITÉ EST AFFECTÉE PAR CETTE MERDE (L’IDIOT sassou ET LES BLANCS MAL EDUQUÉS)

Laisser un commentaire