
La démocratie repose sur une idée simple : le peuple participe aux décisions qui concernent la vie de tous. Mais une question demeure : être majoritaire signifie-t-il forcément avoir raison ?
L’Histoire nous montre que non. Une majorité peut se tromper. Elle peut être mal informée, emportée par ses émotions, influencée par les réseaux sociaux ou simplement suivre une idée parce que tout le monde autour d’elle la partage. À l’inverse, une personne ou un petit groupe peut avoir raison avant d’être entendu par le plus grand nombre.
Le nombre donne une force politique. Il ne donne pas automatiquement la vérité. C’est là que la pensée de Rousseau et de Montesquieu nous aide à réfléchir.
I – ROUSSEAU : la volonté du peuple
Pour Rousseau, la démocratie doit rechercher ce qu’il appelle la « volonté générale » : ce qui sert l’intérêt commun, et pas seulement les intérêts particuliers.
Mais une difficulté apparaît : comment savoir ce qui correspond réellement à l’intérêt de tous ? Le danger commence lorsque certains pensent parler au nom du peuple et considèrent que ceux qui ne sont pas d’accord sont forcément contre le peuple.
On passe alors de : « Nous sommes majoritaires » à : « Nous avons forcément raison ». Or, ces deux phrases ne veulent pas dire la même chose.
II – MONTESQUIEU : même la majorité doit avoir des limites
Montesquieu nous rappelle une autre réalité : tout pouvoir peut-être tenté d’aller trop loin.
Il écrit : « Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ». Autrement dit, même un pouvoir élu doit rencontrer des limites.
C’est pourquoi une démocratie a besoin de règles, de juges indépendants, d’une presse libre, d’institutions solides et surtout de la possibilité de dire non.
Une majorité peut décider. Mais elle ne doit pas pouvoir tout décider. Une élection donne le pouvoir de gouverner. Elle ne donne pas le droit de supprimer la liberté de ceux qui pensent autrement.
III – NOTRE ÉPOQUE : quand le nombre devient une illusion de vérité
Les réseaux sociaux rendent cette question encore plus importante. Comme le démontre si bien la journaliste Dominique Tchimbakala qui vient de publier un livre intitulé « Le virus invisible »
Une fausse information peut être partagée par des milliers ou des millions de personnes. À force d’être répétée, elle peut donner l’impression d’être vraie. Mais une idée ne devient pas vraie parce qu’elle est populaire.
De la même manière, une idée minoritaire n’est pas forcément fausse parce qu’elle est minoritaire. C’est pourquoi le citoyen doit conserver une liberté essentielle : celle de réfléchir par lui-même.
La démocratie n’est donc pas seulement le pouvoir de la majorité. Elle est aussi la capacité d’une société à écouter la minorité, accepter la contradiction, vérifier les faits et reconnaître ses erreurs. Car le véritable danger n’est pas seulement qu’une majorité se trompe. Le véritable danger commence lorsque plus personne n’a le droit de lui dire qu’elle se trompe.
Somme toute, la démocratie ne nous garantit pas que nous prendrons toujours les bonnes décisions. Elle nous donne quelque chose de plus précieux : la possibilité de discuter, de corriger et de recommencer. Car la mémoire des peuples ne doit être ni une vengeance permanente, ni une amnésie confortable. Elle doit être une conscience.
Et une conscience ne se vote pas.
Elle s’exerce.
Charles Abel Kombo
Économiste et observateur des politiques publiques
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