
Économie, intégration, services publics et sécurité : les questions que pose le rendez-vous du 1er janvier 2027
Il est des décisions publiques dont on comprend immédiatement la logique. D’autres obligent à s’arrêter. L’annonce faite par le président Denis Sassou Nguesso le 25 mai 2026 appartient probablement à la seconde catégorie.
À compter du 1er janvier 2027, les ressortissants africains pourront entrer en République du Congo sans visa, sous réserve des dispositions administratives et sécuritaires prévues par les autorités.
L’annonce était forte. Elle était aussi inattendue. Car une question vient presque spontanément à l’esprit : pourquoi maintenant ?
Pourquoi un pays qui peine encore à créer suffisamment d’emplois, où l’accès au logement demeure difficile pour de nombreux ménages, où les problèmes d’eau et d’électricité affectent quotidiennement les populations, où les services publics restent fragiles et où les questions d’insécurité alimentent régulièrement les inquiétudes, choisirait-il précisément ce moment pour faciliter l’entrée sur son territoire de ressortissants de l’ensemble du continent ?
La question est légitime.
Elle ne devrait être ni disqualifiée comme un refus de l’Afrique, ni transformée trop rapidement en hostilité envers les étrangers. Car, lorsqu’un pays connaît des pénuries, il est rationnel de s’interroger sur ce que produirait une demande supplémentaire.
Lorsqu’il connaît du chômage, il est rationnel de se demander ce que provoquerait l’arrivée éventuelle de nouveaux travailleurs. Lorsqu’il connaît des problèmes de sécurité, il est rationnel de vouloir savoir comment seront contrôlées les personnes qui entreront sur son territoire.
Mais ces inquiétudes contiennent elles-mêmes une hypothèse qu’il faut vérifier : supprimer le visa signifie-t-il nécessairement que beaucoup plus d’Africains viendront s’installer durablement au Congo ?
C’est ici que le débat mérite de quitter le terrain des impressions pour entrer dans celui de l’analyse.
Ouvrir sans visa ne signifie pas ouvrir sans frontières
Une première clarification s’impose. Supprimer l’obligation de visa ne signifie pas supprimer la frontière. Cela ne signifie pas davantage accorder automatiquement à tout ressortissant africain le droit de résider durablement au Congo, d’y travailler ou d’y créer une activité sans respecter les règles nationales applicables.
Un visa concerne d’abord les conditions d’entrée sur le territoire. Le droit d’y séjourner durablement, d’y résider, d’y travailler ou de s’y établir relève d’autres règles. Cette distinction est essentielle.
Un entrepreneur camerounais venant passer quatre jours à Brazzaville pour rencontrer un partenaire commercial n’a pas le même impact qu’une famille venant s’y installer durablement.
Un touriste sud-africain restant deux semaines à Pointe-Noire n’est pas un immigrant permanent. Un ingénieur sénégalais venant installer un équipement industriel n’est pas davantage dans la même situation qu’un travailleur s’installant plusieurs années.
La première erreur serait donc de transformer automatiquement : davantage de voyageurs en davantage d’immigrés permanents. Ce n’est pas la même chose.
Mais qui viendra réellement ?
Il existe parfois une représentation implicite de l’ouverture des frontières : puisque l’Afrique compte plus d’un milliard d’habitants, supprimer le visa reviendrait à ouvrir le Congo à une immense population susceptible de venir s’y installer.
Les migrations ne fonctionnent pourtant pas ainsi. Les individus ne choisissent pas leur destination simplement parce qu’un visa disparaît.
Ils regardent les possibilités d’emploi. Les niveaux de revenus. La sécurité. Le coût du logement. Les réseaux familiaux. La langue. Les opportunités commerciales. Les possibilités d’études. La qualité des infrastructures. Les perspectives d’avenir. Et cela conduit à un paradoxe rarement évoqué.
Les difficultés économiques qui font craindre à certains Congolais une arrivée massive d’étrangers sont également susceptibles de réduire l’attractivité du Congo pour ces mêmes étrangers.
Pourquoi un jeune diplômé africain choisirait-il de quitter son pays pour venir durablement au Congo s’il n’y trouve ni emploi, ni revenu supérieur, ni perspective particulière ? Pourquoi un entrepreneur viendrait-il s’y installer si l’environnement des affaires ne lui offre aucun avantage ? Pourquoi un investisseur choisirait-il Brazzaville ou Pointe-Noire plutôt que Kigali, Abidjan, Nairobi, Casablanca ou Johannesburg ?
Cela ne signifie pas qu’il n’y aura pas davantage d’entrées. La suppression d’un visa réduit un coût, une formalité et une incertitude. Elle facilite donc normalement les déplacements. Mais elle ne permet pas, à elle seule, de prédire combien de personnes viendront s’installer durablement.
Le visa influence la facilité de voyager. Il n’est qu’un des déterminants de la décision de migrer.
La première exigence d’une politique sérieuse sera donc de mesurer. Qui entre ? D’où ? Pour combien de temps ? Pour faire quoi ? Et combien repartent ? Pourquoi ouvrir, alors ? Si la suppression des visas n’est pas nécessairement synonyme d’immigration massive, pourquoi prendre cette décision ?
Parce que la mobilité des personnes n’est pas seulement une question migratoire.
Elle est aussi une question économique. Un Africain qui entre au Congo peut être un travailleur. Mais il peut également être un touriste. Un entrepreneur. Un investisseur. Un commerçant. Un ingénieur. Un universitaire. Un étudiant. Un technicien. Un artiste. Un participant à un congrès. Un membre d’une famille venant rendre visite à ses proches.
Et chacun transporte avec lui quelque chose. Du pouvoir d’achat. Des compétences. Des connaissances. Des réseaux. Du capital. Des relations commerciales. Parfois un projet.
Faciliter la mobilité peut donc favoriser le tourisme, les affaires, l’investissement, les échanges professionnels et la circulation des compétences. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles la question de la mobilité est devenue centrale dans le projet d’intégration africaine.
Et elle conduit à une interrogation simple : peut-on réellement vouloir faire circuler davantage les marchandises africaines tout en maintenant de nombreux obstacles à la circulation de ceux qui les produisent, les vendent, les transportent, les financent et les achètent ?
La ZLECAf ne peut pas circuler toute seule
La Zone de libre-échange continentale africaine repose sur une ambition considérable : construire progressivement un espace économique africain plus intégré.
Mais une zone de libre-échange n’est pas seulement constituée de camions franchissant des postes-frontières. Une entreprise camerounaise souhaitant investir au Congo doit pouvoir y envoyer ses dirigeants. Un industriel ivoirien doit pouvoir venir rencontrer un fournisseur. Un technicien kényan doit pouvoir installer une machine. Un investisseur nigérian doit pouvoir visiter un projet. Un consultant sénégalais doit pouvoir fournir un service. Un entrepreneur congolais doit, en retour, pouvoir se déplacer plus facilement sur le continent.
La circulation des marchandises appelle donc celle des compétences, des entrepreneurs, des services et des capitaux. Vue sous cet angle, la décision congolaise n’est plus aussi surprenante.
Elle peut s’inscrire dans une stratégie d’intégration africaine.
Mais « peut » est ici le mot important. Car supprimer un visa crée une possibilité. Cela ne crée pas automatiquement une opportunité économique. Ce que le Rwanda nous apprend et ce qu’il ne prouve pas
Le Rwanda est régulièrement cité lorsqu’il est question d’ouverture des frontières en Afrique. Le pays a progressivement facilité l’entrée sur son territoire avant d’étendre cette ouverture aux Africains. Il serait pourtant imprudent d’en conclure : suppression des visas = succès économique.
Le Rwanda n’a pas seulement facilité l’entrée.
Il a parallèlement développé une stratégie de tourisme, de conférences internationales, de services, de transport aérien, de numérisation administrative et de positionnement régional de Kigali.
L’ouverture des frontières s’insère donc dans quelque chose de plus vaste. Elle sert une stratégie. Le Bénin fournit, avec ses particularités, une autre expérience d’ouverture associée à une politique d’attractivité et de développement touristique. Ces exemples ne prouvent pas que supprimer les visas enrichit automatiquement un pays.
Ils montrent autre chose : une politique d’ouverture produit davantage lorsqu’un pays sait pourquoi il veut que les autres viennent chez lui. Et c’est ici que la question adressée au Congo change. Elle n’est plus seulement : « Pourquoi ouvrir ? » Elle devient : « Qui voulons-nous attirer ? » Touristes, investisseurs, travailleurs : le nombre ne dit presque rien
Imaginons cent mille entrées supplémentaires. Le chiffre pourrait impressionner. Mais que signifie-t-il ? Cent mille touristes restant une semaine ? Cent mille commerçants effectuant plusieurs voyages dans l’année ? Cent mille étudiants ? Cent mille travailleurs ? Cent mille investisseurs ? Cent mille résidents permanents ?
Les conséquences économiques et sociales seraient radicalement différentes. Voilà pourquoi une politique migratoire ne peut pas être pilotée uniquement par le nombre d’entrées.
Elle doit regarder quatre choses : le flux ; le profil ; la durée ; la localisation.
Qui vient ? Pour combien de temps ? Pour faire quoi ? Et où ?
Brazzaville et Pointe-Noire pourraient évidemment être beaucoup plus exposées aux effets d’une augmentation des mobilités que des territoires moins urbanisés. C’est ici que les inquiétudes sur le logement, l’eau, l’électricité ou les transports retrouvent toute leur pertinence.
Une politique migratoire est aussi une politique urbaine
Si un nombre important de personnes supplémentaires s’installait durablement à Brazzaville ou Pointe-Noire, la demande de logements augmenterait. La pression pourrait également s’accroître sur l’eau, l’électricité, les transports, les écoles ou les services de santé.
Le nier serait absurde.
Dans une ville où l’offre de logements s’adapte lentement, une augmentation rapide de la demande peut exercer une pression sur les loyers et favoriser la densification ou l’habitat informel.
Dans un système électrique déjà fragile, une population supplémentaire consomme davantage.
Dans des transports congestionnés, elle ajoute des déplacements.Mais le raisonnement ne peut pas s’arrêter là. Une personne supplémentaire n’est pas seulement un consommateur de ressources. Elle peut également travailler. Produire. Payer un loyer. Consommer. Créer une entreprise. Construire. Employer. Investir. Payer des taxes.
Le véritable calcul ne consiste donc pas simplement à compter les personnes. Il consiste à comparer : les besoins supplémentaires qu’elles génèrent avec l’activité supplémentaire qu’elles créent. Et là encore, tout dépend de leur profil. C’est ce que l’on pourrait appeler la capacité d’absorption de la mobilité : la capacité d’un territoire à accueillir davantage de personnes sans que l’augmentation des besoins dépasse durablement celle des infrastructures, des services, des emplois et des ressources permettant d’y répondre.
Une ouverture migratoire ne relève donc pas seulement du ministère chargé des frontières. Elle concerne aussi l’urbanisme. Le logement. L’énergie. Les transports. L’emploi. La santé. L’éducation. Autrement dit : ouvrir une frontière est aussi une décision d’aménagement du territoire.
Et l’emploi des Congolais ?
L’inquiétude est probablement inévitable. Si davantage de travailleurs africains viennent au Congo, prendront-ils les emplois des Congolais ?
La réponse économique est moins simple qu’il n’y paraît.
Dans certains métiers, un travailleur étranger peut effectivement entrer en concurrence avec un travailleur congolais. Particulièrement si leurs qualifications sont similaires et que le nombre d’emplois disponibles augmente peu. Mais un migrant est également un consommateur. Il achète de la nourriture. Se loge. Se déplace. Utilise des services. Il peut créer une entreprise. Apporter une compétence absente. Permettre à une entreprise de se développer. Et parfois créer des emplois autour de son activité.
L’économie ne contient donc pas un nombre fixe d’emplois que nationaux et étrangers se partageraient comme les parts d’un gâteau déjà découpé. Mais l’inverse serait tout aussi excessif. En effet, dans une économie où l’informalité est importante et où certaines catégories de travailleurs sont déjà vulnérables, une augmentation de la concurrence peut peser sur certains métiers ou certains revenus.
Il faut donc éviter deux slogans : « Les étrangers vont prendre nos emplois. » et : « L’arrivée de travailleurs étrangers ne changera rien. »
La réalité dépendra des secteurs, des qualifications, du nombre de personnes concernées et des règles applicables au travail. Encore une fois : il faudra mesurer.
Et la sécurité ?
Impossible d’éviter la question. Les inquiétudes liées à l’insécurité sont aujourd’hui réelles dans une partie de la population congolaise. Certains pourraient donc établir très rapidement une relation : davantage d’étrangers = davantage de criminalité.
Cette équation n’est pas scientifiquement établie. La criminalité dépend de multiples facteurs : conditions sociales, âge, emploi, organisation criminelle, fonctionnement de la police et de la justice, trafics, territoires, réseaux et opportunités. La nationalité ne constitue pas, à elle seule, une explication. Mais conclure de cela que la suppression des visas ne poserait aucune question sécuritaire serait tout aussi imprudent. Car supprimer le visa modifie le lieu du contrôle.
Lorsque le visa est obligatoire, une partie du contrôle intervient avant le voyage. Lorsque le visa disparaît, une plus grande partie du contrôle se déplace vers la frontière et vers le suivi du séjour.
Il faut donc pouvoir vérifier les documents. Identifier les personnes. Enregistrer les entrées. Enregistrer les sorties. Détecter les documents frauduleux. Coopérer avec les services de sécurité étrangers. Repérer les personnes recherchées. Contrôler les dépassements de séjour. Lutter contre les trafics. Faire respecter les règles relatives au travail et à la résidence.
La suppression du visa ne signifie donc pas : moins de contrôle. Elle signifie : un contrôle différent. Et peut-être plus exigeant. Une frontière plus ouverte peut paradoxalement nécessiter un État plus capable.
Avant l’Afrique entière, qu’avons-nous appris de la CEMAC ?
Cette question mérite d’être posée.
Le Congo n’attend pas 2027 pour expérimenter la mobilité régionale. Il appartient à la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, dans laquelle le principe de libre circulation a progressivement été affirmé. Nous disposons donc déjà, en théorie, d’un laboratoire. Combien de ressortissants camerounais, gabonais, tchadiens, centrafricains ou équato-guinéens entrent chaque année au Congo ? Combien y travaillent ? Combien s’y installent ? Dans quels secteurs ? Combien repartent ? Quels bénéfices économiques produisent ces mobilités ? Quels problèmes administratifs rencontrons-nous ? Quelles infractions sont constatées ? Quels effets sur le commerce régional ? Quelles données l’administration congolaise possède-t-elle réellement ?
Ces questions sont décisives.
Car si nous ne savons pas mesurer correctement les effets de la mobilité au sein d’un espace de six pays, comment évaluerons-nous demain les effets d’une ouverture à l’ensemble du continent ?
La politique de mobilité de 2027 pose donc également une question moins spectaculaire mais fondamentale : celle de la donnée publique. Un État moderne ne peut pas gouverner les mobilités uniquement avec des impressions.Il doit savoir qui entre. Qui sort. Qui reste. Et pourquoi.
Ouvrir, mais pour attirer quoi ?
Nous arrivons alors au cœur stratégique de la décision. Le Congo veut-il devenir une destination touristique africaine ? Un centre d’affaires ? Une plateforme de services ? Un hub logistique ? Un espace de conférences internationales ? Une destination universitaire ? Une plateforme d’investissement ? Un corridor reliant davantage les économies d’Afrique centrale ?Veut-il attirer des entrepreneurs ? Des compétences ? Des capitaux ? Des étudiants ? Des touristes ? Des sièges d’entreprises ?
La réponse est essentielle.
Car une politique disant : « Les Africains peuvent entrer sans visa », est une politique d’ouverture. Une politique disant : « Nous facilitons l’entrée parce que nous voulons attirer telles activités, telles compétences et tels investissements », devient une stratégie d’attractivité.
La différence est considérable.
Une frontière ouverte sans stratégie augmente d’abord la mobilité. Une frontière ouverte adossée à une stratégie peut augmenter les opportunités.
Voilà pourquoi l’ouverture annoncée ne devrait pas seulement être expliquée aux Congolais comme une manifestation de fraternité africaine. Elle devrait être accompagnée d’une réponse économique : qu’est-ce que le Congo cherche à obtenir de cette ouverture ?
Et si le sujet du moment n’était finalement pas la bonne question ?
Nous pouvons maintenant revenir à notre interrogation initiale. Comment un pays connaissant tant de difficultés peut-il choisir précisément ce moment pour ouvrir davantage ses frontières ?
Une première réponse consiste à dire : résolvons d’abord nos problèmes, nous nous ouvrirons ensuite.
Elle paraît raisonnable. Mais elle contient elle aussi une difficulté. Si les pays devaient attendre d’avoir résolu leurs problèmes d’infrastructures, d’emploi, d’énergie et de services publics avant de s’intégrer davantage au monde, beaucoup de pays en développement attendraient indéfiniment.
L’ouverture peut elle-même contribuer au développement. Elle peut favoriser le commerce. Le tourisme. L’investissement. La circulation des compétences. L’entrepreneuriat. La concurrence. L’apprentissage. L’intégration régionale.
Mais l’affirmation inverse serait tout aussi fragile : ouvrir produira le développement.
Non.
La frontière ne crée pas les infrastructures. Elle ne produit pas l’électricité. Elle ne construit pas les logements. Elle ne forme pas les travailleurs. Elle ne garantit pas les investissements. Elle ne remplace pas l’État.
La question n’est donc peut-être pas de savoir si un pays doit être développé avant de s’ouvrir. Elle est de savoir s’il possède suffisamment de capacités pour transformer l’ouverture en développement.
Le véritable rendez-vous n’est donc pas seulement le 1er janvier. La date approche. Et plutôt que de demander seulement si le Congo doit ouvrir ou ne pas ouvrir, sept questions beaucoup plus concrètes devraient désormais être posées.
Comment contrôler ?
Le pays dispose-t-il d’un système fiable d’identification et d’enregistrement des entrées et sorties ?
Comment mesurer ?
Un tableau de bord permettra-t-il de connaître en temps réel ou régulièrement les flux, leur origine, leur durée et leur motif ?
Comment distinguer ?
Saurons-nous différencier le touriste, l’étudiant, le travailleur, le résident, l’entrepreneur et l’investisseur ?
Comment attirer ?
Avons-nous défini les mobilités que nous voulons particulièrement favoriser parce qu’elles correspondent à notre stratégie économique ?
Comment absorber ?
Les villes, les logements, les transports et les services peuvent-ils répondre à une éventuelle augmentation durable de la population ?
Comment sécuriser ?
Les administrations chargées des frontières, la police, le renseignement et la justice disposent-ils des systèmes et des coopérations nécessaires ?
Comment évaluer ?
Serons-nous capables, après un an, deux ans ou trois ans, de dire ce que cette décision aura réellement apporté et ce qu’elle aura éventuellement coûté ?
Autrement dit :
OUVRIR → IDENTIFIER → MESURER → ATTIRER → ABSORBER → SÉCURISER → ÉVALUER.
Voilà ce que pourrait signifier une ouverture gouvernée. Le débat que nous devrions avoir
La suppression des visas pour les Africains ne constitue, en elle-même, ni une menace pour le Congo ni une stratégie de développement. Elle constitue une ouverture. Cette ouverture peut faciliter le tourisme, les affaires, la circulation des compétences, l’investissement et l’intégration continentale. Elle peut également, si certains flux deviennent importants et durables, augmenter les pressions sur le logement, certains segments du marché du travail, les infrastructures et les capacités administratives.
Aucune de ces deux trajectoires n’est écrite à l’avance. Tout dépendra de la composition des flux. De leur ampleur. De leur localisation. Des politiques qui les accompagneront. Et surtout de la capacité de l’État à les gouverner. Voilà pourquoi le débat congolais gagnerait à sortir de deux positions également insuffisantes.
La première consisterait à considérer que toute inquiétude concernant l’emploi, les infrastructures ou la sécurité serait nécessairement hostile à l’intégration africaine. Elle ne l’est pas.
La seconde consisterait à considérer que faciliter l’entrée des Africains provoquerait mécaniquement chômage, pénuries et insécurité. Rien ne permet de l’affirmer. Le véritable débat commence ailleurs.
Il commence lorsque nous demandons : qu’avons-nous prévu de construire autour de cette décision ?
Car l’enjeu du 1er janvier 2027 n’est pas seulement de savoir combien d’Africains pourront entrer au Congo sans visa. Il est de savoir quel Congo ils trouveront. Un pays simplement plus facile à traverser ? Ou un pays qui aura décidé d’utiliser sa position, son marché, ses infrastructures, ses villes et ses institutions pour devenir plus attractif et mieux intégré à l’Afrique ?
C’est peut-être là que réside le véritable pari. L’ouverture n’est ni bonne ni mauvaise par nature. Elle produit ce que les institutions, l’économie et les politiques publiques sont capables d’en faire.
La question adressée au gouvernement ne devrait donc pas seulement être : « Pourquoi avez-vous décidé d’ouvrir ? »
Elle devrait être : « Qu’avez-vous préparé pour que cette ouverture profite au Congo et aux Congolais ? »
Et la question adressée aux citoyens ne devrait pas être : « Êtes-vous pour ou contre l’arrivée des Africains ? »
Elle devrait devenir : « Quels risques précis voulons-nous prévenir et quelles opportunités voulons-nous saisir ? »
Ce débat-là serait probablement beaucoup plus utile. Car une frontière peut être ouverte par décret. Une société capable d’en tirer profit, elle, ne se décrète pas.
Eudes Patrick Mantsounga Ngolo,
Economiste, Essayiste
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