Congo : Quand Sassou surfe entre sa santé, le clanisme et sa succession

La santé de Denis Sassou Nguesso, les nominations et la gestion des affaires publiques… actuellement se prépare la succession que le peuple rechigne. Tous ces faits n’ont pas fini de susciter des inquiétudes au Congo.

Malgré tous les artifices auxquels on peut recourir, il est impossible de suspendre le vol du temps. Cela est vrai pour la vieillesse qui imprime ses marques sur le corps aussi bien que sur la déchéance des systèmes politiques iniques. C’est un secret de polichinelle, M. Sassou ploie sous le poids de l’âge qu’il avait rectifié mais aussi sous l’implacable diktat de la maladie même s’il cherche à la juguler par la prise quotidienne des médicaments et d’injections de botox. Conséquences, il est obligé de voyager dans un avion aménagé à des coûts exorbitants, arpenter discrètement les couloirs des officines médicales lors de ses déplacements. Il lui est difficile de tenir une réunion de trois heures d’affilée sans aller aux toilettes sauf quand il s’équipe correctement avant de sortir de chez lui. Le dernier sommet sur les trois bassins à Brazzaville, les sorties qu’il a effectuées à Pointe-Noire, etc., confirment nos propos. Hormis ce mal qui lui impose de trimbaler une cohorte de professeurs de médecine partout comme dans son récent voyage économique et militaire en Russie où il a embarqué l’anesthésiste-réanimateur Gilbert Fabrice Otiobanda, l’urologue Prosper Alain Bouya et Cie. On le voit, il n’est pas loin du syndrome « Joe Biden ». Si le bulletin de santé du président américain est connu de tous, on fait mystère devant celui du chef de l’État congolais. L’omerta est totale. Pourtant, le souverain primaire a le droit d’être informé sur l’état de santé de celui qui préside aux destinées de la nation. La loi de l’omerta ouvre la voie aux rumeurs et aux suspicions. Toute information est nécessaire pour éclairer la lanterne des citoyens en proie au doute et à l’incertitude. Les gouvernants congolais ne communiquent pas. Les populations se demandent pourquoi a-t-on procédé à l’émiettement de certains départements ?

Des nominations qui sentent la succession et le clanisme ?

Si les nominations ont rarement été scrutées attentivement, celles des généraux Obami-Itou Fils et Okassa à la tête des services de sécurité ainsi que de David Martin Obami au poste clé de la dette, ne cessent de susciter des interrogations, voire des polémiques. D’aucuns accusent M. Sassou d’avoir nommé des hommes liges qui vont garantir ses derniers jours, d’autres pensent que Sassou veut se débarrasser de ceux qui pourraient gêner la succession dynastique. Mais beaucoup trouvent, au-delà des compétences, que ces nominations sont ethniquement monocolores. Le dévolu revient toujours à la partie septentrionale.

La nomination de David Martin Obami défraie la chronique. On se souvient de l’imbroglio qui a mis en scène, le premier ministre Anatole Collinet Makosso et son ministre des Finances, Jean Baptiste Ondaye par des signatures et annulations des notes nommant des intérimaires à la Caisse congolaise d’amortissement et ailleurs. Craignant certainement que le Premier ministre Collinet rejette sa proposition comme ce fut le cas pour ses missions en Centrafrique et en Côte d’Ivoire qu’il trouvait peu consistantes, et tenant compte de l’urgence, Ondaye a sollicité et obtenu de M. Sassou que soit nommé par ses soins un directeur général par intérim afin que le Congo soit en conformité avec les délais fixés par le F.M.I. D’autres indiscrétions font état de Florent Tsiba et des dignitaires (qui réclameraient la tête de ACM) qui seraient au centre de ce jeu trouble. Certes, David Martin Obami a été confirmé en conseil des ministres, mais le brouhaha ayant précédé cette nomination a plus à desservir M. Sassou que ACM qui aurait agi suivant la circulaire N°220001 du 1er février 2022 relative à l’organisation du travail gouvernemental, et qui a suivi aussi le dossier du FMI.

Quant à la nomination de Jean Jacques Bouya à la tête du groupe de travail ad hoc chargé de la mobilisation de la trésorerie de l’État, les initiés le savent, ce n’est pas ACM qui veut régler les comptes à Ondaye qui n’est pas un sous ministre des finances comme cela se dit çà et là. En réalité, ce poste est un ordre voilé à Jean Jacques Bouya de ramener par divers montages, les fonds qu’ils ont planqués çà et là avec Gilbert Ondongo.

Pour revenir à la nomination de King André Obami Itou Fils, plus d’une personne pense qu’il a été porté à la tête des Forces de police pour conserver le pouvoir Mbochi, protéger et accompagner Christel Denis Sassou Nguesso à la magistrature suprême avec le concours des Rwandais qui ont installé leur ambassade au domicile du cujus André Obami Itou. Nos investigations révèlent que le domicile familial des Obami Itou est occupé par les Rwandais depuis six ans, après celui de l’ingénieur informaticien Mouyeket et son épouse avocate en passant par l’immeuble en face du lycée technique 1er mai. Denis Christel Sassou Nguesso n’est pas vraiment intervenu pour cette nomination moins encore, Hugues Ngouolondélé. M. Sassou a décidé d’élever ce dernier après l’avoir mis à l’épreuve pendant des années à la Présidence de la république mais aussi en reconnaissance de l’ancien président du Sénat, feu André Obami Itou.

André Obami Itou Fils est un ancien enfant de troupe (AET), commando formé à Saint Cyr, en Angola et çà et là, intellectuel accompli, républicain et rigoureux. Comme plusieurs Bangangulu ayant des fibres des peuples autochtones, il a été formaté dans le moule animiste et marxiste-léniniste de par son père et kimbanguiste par sa mère avant de devenir Assistant – pasteur à ICC. Il serait aperçu aussi aux ateliers de Denis Christel Sassou ( à vérifier). Parmi les actes qui ont milité en sa faveur, on peut citer entre autres : la lucidité, le courage qui l’a emmené à désarmer André Okombi Salissa et ses hommes à l’entrée de la Présidence de la République et proposé la construction d’un autre mur de ceinture de sécurité à la résidence de plateau. Le dernier acte de bravoure à son actif est l’interpellation et l’incarcération du mafieux-bandit Nguesso en décembre 2023 qui terrorisait les gens dans les boîtes de nuit et un peu partout ailleurs. Ce dernier a passé 27 jours et les fêtes de fin d’année 2023 dans les geôles alors que tous les officiers supérieurs ne voulaient pas le cueillir.

La nomination du général Okassa à la Centrale d’intelligence (CID) n’a pas trop posé des soucis si ce n’est le reproche de la mbochisation des postes qu’évoquent certains citoyens. Certes, M. Sassou fait la part belle au clan mais cela ne veut pas dire qu’il ne torture, ne tue ou ne vole qu’avec les Mbochis. Certains cadres du Sud n’en sont pas exemptés. Claude Alphonse Nsilou, 22 ans au gouvernement sans propulser quelqu’un, Isidore Mvouba qui parlait de cacher l’argent, est aux affaires depuis 30 ans, Anatole Collinet Makosso qui a une caisse noire conséquente, Pierre Mabiala qui est au cœur des accords avec les Rwandais, l’intello-ingénieur-Colonel-Major, Jean Aimé Ignoumba qui dirige toute la stratégie de défense et sécurité extérieure du Congo(Dgascom) et qui a fait partie de la dernière mission de M. Sassou en Russie est à 100% du Niari… M. Sassou est parti très loin jusqu’à nommer des étrangers à des hautes fonctions telles que les Zaïrois, les Cabindais, les Maliens sans oublier la Rwandaise Françoise Joly. Parlant de la Rwandaise et la cession des terres au Rwanda, les remontées de Bruxelles (Union Européenne) où nous avons déposé notre lettre ouverte, parlent d’une forte tendance à l’annulation de cette affaire de cession des terres en décembre 2024 pourvu que les gens ne baissent pas la garde. L’inattention sera préjudiciable aux congolais devant le rusé Rwanda qui a prévenu le 9 juillet ne pas rembourser les fonds déjà reçu dans l’accord sur les migrants abandonné par le nouveau gouvernement britannique (Franceinfo, La Croix, Boursorama) et qui est en quête de terre comme nous le voyons en RDC où il a pris le commandement des M23 avec 4000 éléments FAR ( c.f AFP, Le Figaro, l’ONU).

Il est dangereux de croire que la gestion peu orthodoxe est l’affaire des mbochi, non c’est plutôt celle d’un système ou d’une bande des pseudos francs-maçons. La preuve, les congolais souffrent des mêmes maux du nord au sud et tous ne comprennent pas la gestion hasardeuse des affaires publiques.

Nous devons insister pour dire que le Congo est dans une crise profonde. Il suffit de voir comment les grèves se multiplient, à quelle vitesse les décès surviennent, le système scolaire se désagrège. Bref, le Congo est en cessation de paiement. Et, paradoxalement, on crée de nouveaux départements, ce qui a pour conséquences d’augmenter le nombre de députés, sénateurs, conseillers et autres, et donc les charges. Le démembrement des départements comme nous l’avions évoqué précédemment, même si les gens ne nous croyaient pas, suit une logique bien précise. Puisqu’après le conseil de cabinet, cette affaire a été approuvée en conseil des ministres. La logique consiste à modifier la constitution et basculer au régime présidentiel avec un vice-président via un référendum. Puis, les godillots parlementaires voteront le président de la République.

On ne peut épiloguer sur la santé, mais il n’est l’ombre d’aucun doute que M. Sassou ne contrôle plus grand chose et se préoccupe plus de sa santé et autres que de la gestion du pays. Pourquoi ne démissionnerait t-il pas et sortir par la grande porte ? Beaucoup de questions taraudent l’esprit des Congolais sur leur avenir hypothéqué. Il ne s’agit plus seulement de celui des Mbochi mais du Congo entier. Dans tous les cas, les jours qui arrivent nous réservent des surprises même les plus inattendues, comme le remplacement de Henri Bouka.

Ghys Fortune BEMBA DOMBE

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