
Autrefois, à l’Université Marien Ngouabi de Brazzaville, les étudiants se précipitaient vers les librairies pour acheter des stylos, des cahiers et quelques ouvrages poussiéreux. Aujourd’hui, les temps ont changé. Le stylo semble avoir pris une retraite anticipée. Désormais, ce qui s’achète le mieux sur certains campus, ce ne sont plus les fournitures scolaires, mais les notes, selon un enseignant de ce grand temple du savoir, le Docteur Blanc Constant Ebara, invité de Tsieleka Média.
« Des étudiants viennent régulièrement me proposer de l’argent dans les enveloppes pour avoir de bonnes notes, mais je refuse toujours », a déclaré, avec le franc-parler qu’on lui connaît, Blanc Constant Ebara.
Dans cette nouvelle économie universitaire, certains étudiants n’ont plus besoin d’user leurs semelles entre l’amphithéâtre et la bibliothèque.
La formule magique est simple : pourquoi remplir des cahiers quand il suffit parfois de remplir certaines poches ?
Le marché est si florissant que l’on pourrait presque imaginer une cotation en bourse des notes académiques. Les mentions « Assez Bien », « Bien » et même « Très Bien » circuleraient comme des actions dont la valeur grimpe à l’approche des délibérations.
Pendant ce temps, les stylos observent la scène avec tristesse. Jadis héros des examens et compagnons fidèles des nuits blanches, ils se retrouvent aujourd’hui relégués au rang d’objets décoratifs. Certains racontent même que des stylos auraient demandé leur transfert vers les écoles primaires où l’on croit encore au mérite.
Heureusement, cette caricature ne saurait résumer l’ensemble de l’université.
La majorité des enseignants et des étudiants continuent de défendre les valeurs du savoir, de l’effort et de l’excellence.
Mais les quelques dérives qui alimentent les conversations dans les couloirs méritent d’être combattues avec fermeté. Car une université qui vend les notes finit par solder son avenir.
Et lorsque le diplôme devient un produit de commerce, c’est toute la société qui reçoit la facture.
À l’université Marien Ngouabi comme ailleurs, le véritable prix de la réussite devrait rester celui du travail, de la persévérance et de l’intelligence. Les notes doivent sortir de la tête des étudiants, pas du portefeuille de leurs parents.
En attendant le retour en grâce du mérite, les vendeurs de stylos peuvent toujours espérer des jours meilleurs. Après tout, il n’est jamais trop tard pour que l’encre reprenne le dessus sur les raccourcis.
Jean-Jacques Jarele SIKA / Les Echos du Congo
You may also like
-
Quand la dette fait battre les ailes du papillon : de la Grèce à l’Afrique, une même leçon pour la France et les pays africains francophones
-
À Brazzaville, Mouyondzi célèbre la fidélité, le travail et l’espérance
-
La dette tous azimuts
-
Brazzaville, capitale africaine de la coopération financière : la BAD au cœur d’un rendez-vous historique
-
Clin d’œil environnemental : Ville et communautés durables