
Lors de la cérémonie des vœux des corps constitués et des forces vives de la nation au couple présidentiel, une sortie inattendue a retenu l’attention. Le président de la Cour constitutionnelle M. Auguste Iloki a publiquement fustigé le ministre en charge des Sports M. Hugues Ngouélondélé, l’accusant d’avoir conduit le sport congolais à la faillite. Une prise de parole qui interroge, tant sur le fond que sur la forme.
Dans un pays confronté à des défis structurels majeurs (accès limité à l’eau potable, fourniture d’électricité instable, système de santé et d’éducation en difficulté), le choix de cibler prioritairement le secteur sportif surprend plus d’un observateur. Pourquoi le sport, souvent considéré comme le parent pauvre de l’action gouvernementale, devient-il soudain l’objet d’une charge aussi virulente au plus haut sommet des institutions ?
La question est d’autant plus troublante que le président de la Cour constitutionnelle est avant tout le garant du respect de la Loi fondamentale. Nombreux sont ceux qui s’interrogent sur son silence passé face aux débats récurrents autour de l’application et de l’interprétation de la Constitution. Dès lors, cette offensive contre un ministre sectoriel apparaît, pour certains, comme un déplacement du débat national vers un terrain secondaire.
Car enfin, dans quel domaine le Congo-Brazzaville peut-il aujourd’hui se prévaloir de performances exemplaires ? L’économie demeure fragile, les services sociaux peinent à répondre aux besoins essentiels des populations et les infrastructures de base restent insuffisantes. Dans ce contexte, faire du sport le symbole de la « faillite » nationale relève soit d’une lecture très sélective des priorités, soit d’une volonté de désigner un bouc émissaire commode.
D’aucuns vont plus loin et s’interrogent : cette sortie médiatique cache-t-elle un différend personnel ou institutionnel avec le ministre des Sports ? À défaut d’explications claires, le doute s’installe. Or, la parole d’un président de Cour constitutionnelle se doit d’être mesurée, rassembleuse et strictement arrimée à sa mission première : la défense de la Constitution et de l’État de droit.
En s’invitant dans l’arène politique et gouvernementale à travers une attaque ciblée, le chef de la plus haute juridiction constitutionnelle prend le risque de brouiller les rôles institutionnels. Plus qu’un réquisitoire contre un ministre, les Congolais attendent de lui des réponses sur la vitalité constitutionnelle du pays, la solidité des institutions et la protection effective des droits fondamentaux.
Au final, la vraie question demeure : le Congo a-t-il aujourd’hui un problème de sport, ou bien un problème de gouvernance globale dont le sport n’est qu’un reflet marginal ? C’est peut-être à ce niveau que le débat mériterait d’être porté.
Méraf Mampassi