Réaction de l’U.P.R.N au discours décliné le 14 août par le chef de l’Etat

Au lieu d’annoncer des solutions appropriées pour chacun de ces défis, le chef de l’Etat s’est réfugié comme à son habitude dans l’incantation et les vœux pieux à travers la reprise de slogans mille fois ressassés, pour donner de faux espoirs aux Congolais, slogans jamais traduits en actes concrets, mais répétés dans le discours du 14 août 2019.

La célébration du 59ème anniversaire de l’indépendance du Congo-Brazzaville, le 15 août 2019, est intervenue dans un contexte national marqué par l’aggravation de la récession économique du pays et de la banqueroute de l’Etat, l’assèchement des réserves internationales de change, la pénurie des devises, l’explosion de la dette publique (120% du PIB pour la seule dette extérieure, la dette intérieure étant en cours d’audit), la paupérisation extrême des populations, la flambée de la morbidité et de la mortalité, la montée en flèche du népotisme et de la préférence ethno-régionale, la « familialisation » accrue du pouvoir, la gestion néo-patrimoniale de l’Etat, l’autoritarisme politique, la corruption endémique, l’érosion de la confiance liée à la mauvaise gouvernance, etc.

Dans ce contexte tragique, le peuple congolais attendait que dans son discours à l’occasion du 59ème anniversaire de l’indépendance, le président de la République annonce des mesures concrètes, immédiates et fortes de sortie de la crise financière, économique, sociale, politique, électorale et sécuritaire gravissime qui plombe le pays. Malheureusement, le chef de l’Etat a décliné un discours totalement déconnecté des vrais problèmes du pays et des préoccupations quotidiennes des Congolais en général, des couches moyennes et des couches populaires en particulier.

En effet, il n’a rien, mais alors absolument rien dit de concret et de palpable sur les défis majeurs auxquels le Congo est confronté aujourd’hui, au nombre desquels : – l’apurement des arriérés de trois ans de bourse des étudiants, de 23 mois de pension des retraités de la CRF, de 5 à 30 mois des salaires des fonctionnaires émargeant aux budgets de transfert, de 7 ans de retards de paiement de la dette commerciale due aux opérateurs nationaux, etc ; – l’assèchement des réserves internationales de change, entraînant une crise des devises et mettant gravement en danger l’équilibre global de la sous-région CEMAC ; – la dégradation de l’accès des populations aux services sociaux de base (eau potable, électricité, transports en commun, santé publique, éducation et formation professionnelle ; – le chômage endémique en général, le chômage des jeunes et des diplômés sans-emploi, en particulier ; – l’amplification du cancer de la corruption ; – l’impunité ; – la moralisation de la vie politique et de la vie publique ; – la refondation de la gouvernance en général, de la gouvernance électorale, en particulier ; – le rapatriement des recettes d’exportation ; – le rapatriement de l’argent public détourné et placé dans des comptes privés à l’étranger ; – la réduction du train de vie de l’Etat ; – l’apaisement du climat politique dans le pays ; – la libération des prisonniers politiques ; – la réconciliation nationale et le vrai vivre-ensemble ; – la promotion d’une paix véritable et durable ; – le rétablissement des valeurs de la République et de la démocratie, etc.

Au lieu d’annoncer des solutions appropriées pour chacun de ces défis, le chef de l’Etat s’est réfugié comme à son habitude dans l’incantation et les vœux pieux à travers la reprise de slogans mille fois ressassés, pour donner de faux espoirs aux Congolais, slogans jamais traduits en actes concrets, mais répétés dans le discours du 14 août 2019. Il s’agit notamment des slogans ci-après :

  1. les importantes potentialités qui offrent de belles perspectives de relance à notre pays ;
  2. l’espérance de lendemains meilleurs ;
  3. la diversification de l’économie ;
  4. la consolidation de la paix ;
  5. la consolidation du climat social apaisé ;
  6. le renforcement de la gouvernance ;
  7. le bon voisinage et la coopération au service du développement.

Tout cela n’est rien d’autre que de la poudre aux yeux pour mystifier les consciences insuffisamment affranchies, car, aucun contenu concret n’a été donné à ces slogans enchanteurs et aucune mesure pratique n’a été annoncée. Il s’est agi uniquement de la communication politique, c’est-à-dire des effets d’annonce. De fait, dans son discours, le chef de l’Etat congolais a fait une impasse totale sur les vrais problèmes des Congolais et s’est attelé à disserter sur les vertus cathartiques du programme triennal signé avec le FMI et les perspectives prometteuses de la découverte du pétrole en zone onshore dans la partie septentrionale du Congo.

S’agissant de l’accord avec la FMI, le président de la République a indiqué que ce programme « vise à améliorer la situation de nos finances et de l’économie nationale ». Cependant, une analyse fine révèle que l’accord avec le FMI ne permettra aux autorités congolaises, ni de rétablir la viabilité des finances publiques et de la dette insoutenable, ni de reconstituer les réserves internationales de change, ni de résoudre la crise des devises, ni de payer régulièrement les charges courantes de l’Etat (bourses des étudiants, pensions des retraités, salaires de tous les fonctionnaires, arriérés sociaux, etc), en raison de la mal-gouvernance qui est la principale caractéristique de la politique conduite par le pouvoir actuel.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, les tenants du pouvoir de Brazzaville qui sont les principaux responsables du chaos actuel ne peuvent pas s’attaquer aux problèmes de la mauvaise gouvernance et du manque de transparence dont ils sont les principaux acteurs et bénéficiaires. Partant, ils ne peuvent pas satisfaire les exigences du FMI en matière de refondation de la gouvernance, notamment de lutte contre la corruption, de transparence financière, d’audits de la SNPC et des Grands Travaux. On ne peut donc pas attendre d’eux, qu’ils promeuvent les réformes audacieuses et immédiates qu’exige le FMI et qui requièrent la mise en œuvre réelle de la bonne gouvernance.

Il faut signaler que le programme conclu entre le FMI et l’Etat congolais vise uniquement à accompagner les réformes que le FMI a proposées et que le gouvernement congolais doit mettre en place pour assurer la viabilisation des finances publiques et de la dette, ainsi que la restructuration et la diversification de l’économie.

En ce qui concerne le pétrole découvert à Mikoungou dans le district de Loukoléla (département de la Cuvette), selon les spécialistes des questions pétrolières, le gisement « NGOKI » ne serait pas du tout rentable en raison de la difficulté d’accès au site, de la faiblesse des réserves en pétrole, du coût élevé du transport du brut et de l’impact écologique désastreux pour la rivière Alima, le fleuve Congo et ses affluents. En tout état de cause, il ne s’agit que d’indices d’huile, du reste identifiés depuis 1980, mais curieusement révélés aujourd’hui, c’est-à-dire après 39 ans, sans nul doute à des fins de propagande politique et dans le dessein de susciter l’intérêt des bailleurs de fonds qui doutent des autorités congolaises. L’annonce tonitruante d’une production de 983.000 barils/jour, soit le quadruple de la production journalière nationale actuelle vise à frapper les esprits et à tenter de redonner un brin d’espoir aux Congolais aujourd’hui totalement déboussolés.

A propos de la protection de l’environnement, le chef de l’Etat a dit sa volonté de garantir une exploitation écologique du gisement « NGOKI » et de limiter l’impact sur l’environnement. Certes. Mais, la pollution des sols et des rivières à Kellé dans le département de la Cuvette-Ouest et à Mokeko, dans le département de la Sangha, du fait des activités des sociétés chinoises qui exploitent l’or, permet d’en douter.

En effet, si le gouvernement congolais fait croire qu’il conduit une politique audacieuse en matière de protection de l’environnement, dans les faits, les sociétés qui exercent dans les domaines des mines et des hydrocarbures et qui détruisent l’environnement des lieux où elles exercent leurs activités, jouissent d’une impunité totale et ne sont nullement in